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Analyse de texte

Le Shack

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Commentaires de Raymond Gravel, prêtre
 
Un drame comme il s’en produit malheureusement trop, l’enlèvement d’une fillette, Missy, et les éléments de preuve qu’elle a été assassinée, est l’occasion pour le père, Mackenzie Allen Phillips, de vivre une expérience de Dieu qui correspond sans doute à la conception que l’auteur se fait de Dieu et de la religion. Qui ne rêve pas de passer un week-end avec Dieu? Dans un style clair, l’auteur sait tenir le lecteur en haleine et tente de nous présenter un Dieu, son Dieu, qui ressemble et qui diffère en même temps du Dieu révélé par les grandes traditions chrétiennes.
 
Le Dieu que Mack rencontre est un Dieu Trinité de type familial : le père ou plutôt la mère, Élousia, une grosse femme noire, à cause de l’expérience paternelle négative vécue par Mack avec son propre père, le Fils, Jésus, un homme plutôt ordinaire, qui n’est même pas beau physiquement comme on se l’est toujours imaginé, et l’Esprit, Sarayu, plutôt féminin, translucide, légère comme le vent, qui sait nous saisir par sa beauté et par sa douceur, ce Dieu ne juge pas, ne condamne pas et n’intervient pas dans la vie des gens. Il ne fait qu’aimer et il invite simplement à entrer dans son Amour. Le concept de Trinité est bien amené : 3 personnes, mais un seul Dieu et les 3 personnes disent quelque chose de Dieu. Elles sont 3 à aimer et l’Amour laisse des empreintes profondes, ce qui explique la crucifixion de Jésus.
 
Tout au long de ce week-end avec Dieu, Mack fait une rétrospective de sa vie et des malheurs de sa vie, ce que l’auteur appelle le Grand Chagrin. Pour l’anéantir, le faire disparaître, en guérir, il lui faut prendre conscience que les humains sont responsables de ce qui leur arrive et qu’ils ont les moyens de s’en sortir. Son jardin est une fractale, un fouillis que Mack devait travailler, et pour y arriver, il lui fallait cesser de juger et se laisser conduire par l’Esprit qui n’attend que l’on s’abandonne à lui ou à elle. Sa rencontre de Sophia, cette belle femme qui est la personnification de la sagesse de Papa (Dieu), fait réaliser à Mack qu’on ne peut juger personne, même ceux qui sont coupables des crimes les plus graves, et c’est ce qui va amener Mack à pardonner, non seulement à son père, mais aussi à l’assassin de sa Missy. Après le pardon de son père, Mack va découvrir un autre visage de Dieu, celui d’un père, un homme plus âgé que lui, avec des cheveux gris noués en queue de cheval et une barbiche parsemée de poils gris. Son expérience de Dieu se termine par le partage tout simple du pain et du vin, comme s’il s’agissait d’une eucharistie.
 
Par son style, l’auteur a su faire de cette expérience vécue par Machenzie, une histoire vraisemblable qui peut rejoindre les lecteurs dans leur quête de Dieu. Par ailleurs, on peut voir que l’auteur est de tradition chrétienne mais fondamentaliste dans ses références aux personnages bibliques, ce qui m’a grandement dérangé, comme bibliste. Aussi, le peu d’importance qu’il accorde aux Églises et à la religion me laisse perplexe : on est croyant, non pas seul mais avec d’autres, d’où l’importance de la collectivité et de la communauté qu’on ne trouve malheureusement pas dans son livre. Par ailleurs, si cette histoire nous pousse davantage au pardon et à l’amour, je suis persuadé qu’elle en aidera plus d’un. Il y a tant à pardonner pour que le monde ne s’en porte que mieux. C’est une belle histoire à se faire raconter!
 
 W. Paul Young, Le Shack, quand la tragédie a rendez-vous avec l’éternité, Le jour, 2009, 331 p.     

 
 
  
 
 
  

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